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Quel temps fait-il ?

Le flux du temps n’existe pas globalement, fondamentalement, mais nous en avons la perception puisque nous sommes des êtres de mémoire dans un monde manifesté, matériel.

Le temps est-il un concept, une production, une réalité, un grand tic-tac ? Le temps est-il linéaire et avec une flèche ? Est-il une succession d’instantanés ? Existe-t-il sans la mémoire ? Et l’Univers a-t-il une mémoire ? Nous pourrions encore aligner les questions… Tentons « maintenant » des réponses.

Un esprit efficace est sourd à ce qu’ il sait

Papyrus Ramésséum II , vers 1800 avant J.-C

Les horloges donnent une heure sans dire ce qu’est le temps

Les scientifiques établissent en général que l’Univers a un âge au moins égal à 13.8 milliards d’années, et que la Terre s’est formée il y a 4.45 milliards d’années. Des chiffres parmi d’autres qui valideraient à première vue la notion de temps et de grande horloge à partir de la création de l’espace-temps par le Big Bang… La fréquence d’oscillation de l’atome de césium étant la garante officielle du flux de temps dans le monde. Ou plutôt de l’heure. Car les horloges donnent une heure sans dire ce qu’est le temps.

Le temps physique n’a pas les propriétés que nous attribuons d’ordinaire à l’idée de temps, avec un rythme, un sens (un passé gravé dans le marbre, un présent fugace et un avenir à découvrir) ou des cycles. Le passage du temps en tout endroit de l’Univers est conditionné à la force du champ de gravité au dit endroit.

En physique, aucune notion ne correspond au passage du temps. Le flux du temps est irréel bien que le temps soit aussi réel que l’espace depuis le Big Bang. L’espace et le temps sont non seulement relatifs mais en outre ils sont liés : ils ne peuvent pas être définis séparément et forment un continuum dynamique à quatre dimensions, l’espace-temps (possiblement parmi onze au total). Mais pour reconnaître le temps ou son absence dans des constructions mathématiques, ne faut-il pas déjà le connaitre ?

La supposée irréversibilité (un œuf cassé le restera) pourrait faire de l’écoulement du temps un aspect objectif. Mais comme nous l’avons vu précédemment, « le monde s’oppose à ce qu’il nous montre spontanément »En fait, nous n’observons pas un temps qui passe, nous constatons une succession d’instantanés, des états du monde qui changent. La nuance est capitale. Le changement est le moteur du temps. Une montre mesure la durée entre deux états comme le mètre mesure des distances. En outre le fait de mesurer met fin à une superposition d’états comme autant de probabilités, de scenarios possibles.

La flèche du temps est le fait de notre mémoire

Héritiers du chasseur-cueilleur, nous sauvegardons de l’information, du souvenir, donc du « passé » pour retrouver de quoi s’alimenter. Le fait que la mémoire soit unidirectionnelle pourrait nous laisser croire que cette unilatéralité est un écoulement du temps. Mais comme tous les temps sont réels, il ne peut y avoir d’écoulement. Il s’agît de perception, de conditionnement, de construction mentale. La flèche du temps est le fait de notre mémoire. La mémoire est une lanterne placée dans le dos qui n’éclaire qu’une partie. Ces états éclairés deviennent des états « antérieurs ». Parce que nous sommes des Sapiens avec un héritage et une méthode. Dans notre mode d’emploi ancestral la mémoire est ce qui permet de retrouver – au delà de l’instinct – les sites de chasse et de cueillette. Mieux, notre mémoire sélectionne et enregistre des états dans un « holopaysage » en supposant des causes qui produisent des effets. Ces inductions et déductions ont pour but de donner une cohérence au récit vécu, du lien qui fait sens. L’Homme a besoin de certitudes dans son auto-narration, d’un semblant de cohérence dans le script. Alors il le monte son récit.

La Nature est intrinsèquement indéterministe

La physique quantique montre bien que la Nature est intrinsèquement indéterministe. Un électron qui entre en collision avec un atome peut rebondir dans n’importe quelle direction sans qu’on puisse la prédire. Ce qui contredit une systématique causalité. Et oui, l’observation de l’infiniment petit (atomes et particules) peut surprendre et modifier certaines logiques… Parce qu’un électron peut avoir une infinité de positions dans l’espacejusqu’à ce qu’une, en particulier, soit mesurée. Alors la superposition quantique est affectée par un effondrement d’une fonction d’onde.

L’expérience dite de double fente (considérée par beaucoup comme la plus belle de la physique) nous prouve que la mécanique quantique est fondamentalement probabiliste. Or nos logiques sont construites sur des causalités alors qu’il faut comprendre que la réalité ne serait que relativement aléatoire, faite de probabilités dans un « Cloud ». L’ordre est fondamentalement indéterminé. Il y a même une superposition d’ordres : si une cause produit un effet, un effet peut précéder une cause. Mais ce n’est pas tout, la matière se constitue à partir de l’attention et de l’intention. Ce qui veut dire que notre acuité, nos pensées, nos sentiments, notre état d’être, ou encore nos objectifs ont, en tant que phénomène nouveau, une influence sur la réalité physique qui se déploie au sein d’un nuage de probabilités avec des densités différentes.

A la suite de cela, donc à cause de cela…

« Post hoc, ergo propter hoc » , c’est à dire « à la suite de cela, donc à cause de cela ». Cette formule latine souligne le biais cognitif qui consiste à prendre pour la cause ce qui n’est qu’un antécédent. D’où cette erreur courante de se baser seulement sur l’ordre des événements, de vouloir réfléchir par le biais d’une chaîne causale. Une approche pulvérisée par la physique quantique. La matière ne crée pas dans une forme de chaîne causale. Mais le cerveau humain ne peut s’empêcher de poser à posteriori des causes qui engendreraient des effets.

La relativité de la simultanéité

Autre élément pour reconsidérer le temps tel qu’il est appréhendé dans les vies courantes, la relativité de la simultanéité. Des horloges placées sur la Terre et sur Mars auront un rythme assez différent. Et seront donc automatiquement désynchronisées. Il n’y a pas de grande horloge cosmique. D’ailleurs, la précision des instruments de mesure permet désormais de constater un rythme différent en fonction de l’altitude sur Terre… La différence est négligeable et infinitésimale mais elle existe même en fonction des étages d’un building ! La gravitation étant plus forte au niveau du sol. Chaque objet possède son propre temps.

Quel est ce tic-tac qui dicte nos vies ?

D’où provient alors notre intuition « humaine » du temps avec une grande horloge et une flèche ? Quel est ce tic-tac virtuel qui dicte nos vies ?

Le temps nous l’apprécions :

  • dans une structure linéaire
  • comme une droite sur laquelle chaque point représente un instant
  • avec un présent (seul instant réel) qui sépare le passé du futur
  • mesurable en secondes, minutes, jours, mois, années, siècles…
  • universel (le même pour tous) et indépendant

Or, tout cela est fondamentalement conceptuel. Ce n’est qu’un grand postulat bien pratique. Le flux du temps n’existe pas globalement, fondamentalement, mais nous en avons la perception puisque nous sommes des êtres de mémoire dans un monde manifestématériel. En somme c’est notre réalité dans les dimensions où le temps a une existence. Un phénomène émergent dans l’espace-temps.

Le réel

Encore une fois, Albert Einstein est passé par là. Le scientifique a perçu que le temps s’écoulait sur différents rythmes. Car il n’y a pas de grand tic-tac mais des temps pour chaque objet. Il y a autant de temps que de choses qui se meuvent dans l’espace-temps (les deux étant définitivement connectés). 

Le temps n’est pas une donnée universelle mais une expérience propre dans l’espace-temps. Il n’est donc pas extérieur à nous. Le mouvement par exemple affecte l’écoulement du temps. Le changement est son moteur. Nous ne nous en rendons pas compte parce que nos déplacements sur Terre sont trop lents pour qu’on le perçoive. Mais le temps et l’espace ne peuvent pas être perçus comme des choses distinctes. Ils ne font qu’un dans une structure quadri-dimensionnelle (sur potentiellement onze).

L’idée derrière les équations d’Einstein est que l’espace-temps est comme un tissu que la matière et l’énergie déforment et font se courber« La matière dit à l’espace-temps comme se courber et l’espace-temps dit à la matière comment se courber », expliquait le célèbre physicien John Archibald Wheeler.

La physique quantique est également passée par là. Nous savons que le temps n’est pas universel, il est poli-rythmique, pas orienté et pas linéaire. Plusieurs temps pouvant se superposer.

Comme pour la couleur, notre temps d’humain est une construction mentale permettant d’interpréter le monde qui nous entoure et tenter une évolution (ou poursuivre une involution).

La notion intuitive que l’on a du temps serait issue du comportement des systèmes thermodynamiques. C’est « l’idée de temps thermique » proposée par le mathématicien Alain Connes et le physicien Carlo Rovelli. « Si cette vision est juste, le temps n’est, en somme, rien d’autre qu‘un effet de notre ignorance de l’état microscopique des systèmes macroscopiques », écrit ce dernier. Les frontières du temps seraient les frontières des connaissances actuelles. « La véritable variabilité dans l’Univers n’est pas le passage du temps mais l’aléa du quantique », ajoute Alain Connes.

« De même que la vie émerge de molécules organiques qui s’organisent, le temps pourrait émerger de quelque chose d’intemporel s’ordonnant. »

George Musser (Scientific American)

Une des idées les plus fortes de la théorie des cordes (ou amas) est le principe holographique. Il suggère que notre Univers entier est un système de particules quantiques qui interagissent. Rien ne se touche, rien n’est vide, tout est interconnecté, actif et vivant, composé d’énergie. Toujours.

Le 12 juillet 2019 a été réalisée la première photo d’une intrication quantique par l’Université de Glasgow, avec un système de lasers et de cristaux. Deux particules ayant interagi à un moment de leur existence forment, sans contactun seul système. L’état de l’une donnant l’état de l’autre, en se moquant de l’espace et du temps. En effet, si deux éléments évoluent identiquement à un instant donné et plus vite que la vitesse de la lumière qui pourrait transmettre une information de l’un à l’autre, c’est que l’intrication est totale et qu’il y a des dimensions hors de l’espace, donc du temps. La structure la plus intime de l’Univers est donc une intrication hors de l’espace-temps, non locale.

La gravitation quantique à boucles (théorie mathématique qui définit la structure granulaire) mise sur l’absence de temps et d’espace. Les boucles sont l’espace lui-même, elles ne sont pas dans l’espace. Le temps et l’espace ne sont pas des réalités, ne sont plus des paramètres. « C’est la partie la plus difficile à digérer parce que nous avons l’habitude en physique et dans la vie de tout organiser en tant que temps qui passe, expliquait en 2013 le physicien Carlo Rovelli sur France Culture. Avec la relativité d’Einstein et beaucoup plus avec la gravité quantique cette façon de penser le monde ne tient plus. Il n’y a pas un temps général dans lequel tout se passe. Notre idée intuitive du temps n’est pas correcte. Toute l’évolution de la grande science passe par des pas qui sortent de la perception intuitive du monde. »

La théorie des boucles nous dit que dans l’infiniment petit on trouve une agitation intrinsèque et que c’est la création de nœuds à ce niveau qui constitue l’espace et le temps. Les énergies qui se nouent créent une topologie non visible dans le vide mais qui sont le support de toute l’information. Tout vibre, sans cesse. Tout est vibrations, avec des intensités différentes. Ce que disaient les Alchimistes d’ailleurs il y a de nombreux siècles.

Une adaptation

Ceci étant dit, en attendant, nous avons besoin de notre perception humaine faite d’illusions pour vivre « ici et maintenant » opérationnellement le quotidien, dans le cadre de notre auto-narration, en écartant le fait que dans le « ici et maintenant » est contenu la totalité du temps.

Notre concept de temps, nous en avons besoin socialement même si globalement il est incorrect. Nous avons besoin dans notre monde (fait de dualités) que la flèche du temps soit unidirectionnelle, même si c’est factuellement faux. Oui, nous avons besoin de cette déformation de la réalité – dominée par un passé récent – car elle est bien utile pour évoluer « au quotidien ». Nous, humains, avons besoin de durées de temps et d’échelles d’espace pour former des structures, nous avons besoin de causes et d’effets pour interpréter, nous avons besoin d’un moteur, nous avons besoin de séparations spatiales pour que nos corps puissent se penser comme des enclaves au sein d’un monde. Nous créons notre environnement virtuel et dynamique.

Dans notre ergonomie propre, nous « roulons » sur deux rails. Le premier est le « temps du corps », il est géré par l’horloge de l’hypothalamus. C’est le métronome biologique avec lequel nous organisons nos journées, les temps d’activité comme les temps de repos. L’autre rail est le « temps de l’esprit ». Il permet lui de considérer le passage du temps. L’ennui l’allonge en termes de perception, le partage avec des proches l’accélère, le bonheur le suspend, pour prendre quelques exemples communs. Le « temps de l’esprit » s’occupe du traitement mais aussi de l’archivage des faits en souvenirs, c’est la mémoire. Le « temps du corps » nous donne le tempo, le « temps de l’esprit » la direction de l’histoire.

Si le temps n’est pas linéaire, orienté et universel, comment est-il ? Et que faut-il comprendre au final ?

Dans notre monde très « digital », nos ordinateurs, tablettes, smartphones utilisent un système d’exploitation (souvent appelé OS comme Operating System) qui permet de déchiffrer, d’interpréter et de comprendre des ressources. Un peu de la même manière, notre cerveau, assisté par nos cinq sens, se concentre sur un seul laps de temps à la fois (appelé présent) et relie des instants pour créer de lui-même une réalité linéaire sur une flèche du temps. Pourquoi ? Potentiellement, notre cerveau offre une ergonomie (un environnement optimisé) à notre esprit pour qu’il puisse travailler à sa survie sur Terre, mais pas que… pour qu’il puisse s’éprouver et évoluer. La modélisation permet de vivre une réalité à la fois. Comme une expérience.

Dans un monde où des applications et des solutions traitent des quantités gigantesques de data, il devient plus aisé d’intégrer, d’appréhender, de comprendre cette approche ergonomique, ce moyen commode de conceptualisation humaine du temps. S’il ne fonctionne pas comme un ordinateur, le cerveau crée à sa manière un support, un contexte, et tente de mettre un ordre pour proposer une seule expérience de vie dans le chaos qu’est l’aléatoire. Il laisse croire à une maîtrise des événements par la causalité. Celle-ci laissant penser qu’on peut avoir la main sur le cours des choses.

Concrètement, dans notre cerveau, quelque cent milliards de neurones stockent de l’information sur 26 niveaux. A tout cela il faut ajouter l’information quasiment sans limites à portée. Un espace bien plus gigantesque de données que le pétaoctet contenu dans notre cerveau, une masse tel le « dark web » pour rester dans l’analogie. Mais cet univers informationnel qui dépasse l’espace-temps est très peu usité. L’OS étant très largement préféré dans nos vies courantes d’homo-sapiens. Et on le comprend aisément puisqu’il est impossible de consciemment gérer autant d’informations. Ce serait comme vouloir mettre dans une baignoire tous les êtres vivants terrestres ayant existé. Bref, toutes nos perceptions sont des simplifications à l’extrême. Le réel nous est inconnu. Nous devons nous contenter d’une réalité auto-générée. Autant l’intégrer.

Micro conscience

Via cet ensemble adapté aux allures de perception étriquée l’humain se projette et place de la logique dans ce qui doit advenir. Il se met en action dans sa réalité à partir de cette conviction d’un évident cours des choses. A tort. Et sans en voir conscience, il l’influence puisque sa réalité émergente est une co-création générale. L’attention et l’intention, encore et toujours.

Rendez vous compte, le présent n’est qu’un instant en référence… à nous-mêmeCe qui distingue notre instant que nous nommons « présent » des autres instants, c’est notre présence, notre conscience de celui-ci. Tous les instants sont des présents et le restent. C’est pour cela que la notion de temps n’apporte rien à la mathématique, meilleur outil de représentation de la réalité qui n’est pas là pour combler les attentes humaines

Il n’est pas possible de définir UN instant présent. Votre présent peut être mon passé ou mon avenir que je vis comme un présent. Ils sont tous réels. Le passé n’a pas disparu et le futur existe déjà. Tout existe. La distinction passé-présent-futur est une illusion en quatre ou sept dimensions sur dix ou onze si on conçoit le zéro.

La remise en question de l’existence même du flux de temps tel que nous le « vivons » n’a rien d’anxiogène ou d’incroyable. C’est juste la réalité des choses. L’espace-temps est l’environnement nécessaire à l’expérience qui permet de prendre ConscienceL’expérimentation est en interaction avec l’expérimentateur. C’est ainsi. Ananké.

Et puis les vibrations et le mouvement permanent apportent après tout une dimension artistique, poétique et spirituelle à nos vies. L’inattendu est au pouvoir, la liberté est sur le sentier, l’involution et l’évolution forment un chemin, et la quintessence est au cœur et cœur de Tout. Formidable.

Hypnotisés par les nécessités du commun, portés par une hypertrophie de l’ego, nous avons tendance à rechercher les détails des rouages de la causalité là où il n’est question que de probabilités. C’est un des apports de la physique quantique. Et il doit nous servir.

Cessons de croire à une supposée causalité perceptible interprétable par les Sapiens. Tout nous dit que sur notre plan qu’il n’y a que des probabilités et que la Conscience nous écrit une histoire pour y mettre une forme de cohérence. Les certitudes qui accompagnent nos vies courantes sont à ranger au placard. Rien ne provenant de notre cerveau ne peut être sûr et certain (cette phrase ne porte aucune contradiction). Avoir des certitudes offre autant d’équilibre que marcher d’un pas assuré sur un sol givré.

D’ailleurs « la principale activité du cerveau consiste à produire des changements en lui-même » , comme l’écrivait le scientifique américain Marvin Lee Minsky. Le cerveau emmagasine ce qui peut lui permettre de s’adapter afin de mieux (sur)vivre, il ne se préoccupe pas du réel. C’est d’ailleurs pourquoi les critiques sont plus retenues que les louanges dans nos vies courantes. Les premières permettent une adaptation à la société, à l’environnement. Il est question d’adaptation à un milieu, pas de vérité absolue. La conception humaine du temps n’est qu’une habile adaptation, parmi d’autres.

Habile, car au niveau quantique rien n’est stable, rien n’est déterminé, rien n’est irréversible. De quoi rendre fou tout adepte du confort intellectuel.

L’objet, quand il est en interaction avec un environnement, perd ses qualités quantiques pour devenir « classique ». Le fait même d’observer (en tant que phénomène nouveau) détermine la réalité émergente. L’attention est fondamentale dans le retour d’information.

A cela il faut ajouter le rôle de l’intention (qui est en soi déjà de l’information concrète comme les pensées ou les rêves). Elle joue sur la probabilité de réalisation d’un scénario plutôt que d’autres en tant que partie intégrante. L’œuf qui chute se cassera bien. C’est la trame escomptée.

Notre libre-arbitre c’est l’influence active de notre intention sur le nuage de probabilités (la superposition des scenarii), afin de se retrouver sur un point donné par effondrement de la fonction d’onde plutôt qu’un autre même si tous existent au demeurant. Il n’y a pas un choix de la part de la « Nature ». Toutes les options existent et continuent d’exister. Notre expérience est une forme de surf sur un gigantesque data.

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Cette importance de l’attention et de l’intention dans le Devenir à éprouver, associée à l’intrication globale (tout est relié), donne force et vigueur à un principe de vie majeur. La plus noble des intentions connues étant l’Amour Inconditionnel, – Un A.I. plus puissant que l’Artificial Intelligence – la porter et la diffuser en tant qu’énergie ou information peut influencer positivement le cours des choses, aussi mouvant soit-il.

Souci, des pendants, comme la peur ou la haine, existent. Et ces conditionnements peuvent aussi déterminer une réalité émergente. Evidemment, la réalité émergente n’est pas la même en fonction de ses influences (l’amour et la haine n’engendrent pas les mêmes choses).

Nous sommes des cellules vivantes de l’Univers comme notre corps compte des milliers de milliards de cellules qui forment les tissus et les organes. Et « c’est l’intention qui compte »… L’expression porte plus de sens qu’on pourrait le penser. Ainsi, avec du feu on peut créer comme on peut détruire. Tout dépend de l’attention et de l’intention.

Tout est intriqué donc, l’infiniment petit est lié à l’infiniment grand. A vrai dire, micro et macro sont identiques, nous l’avons vu (« Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas »). Chacun est donc associé à ces différentes dimensions. En conséquence, en tant qu’infime parcelle de vie nous co-créons et participons grâce à notre libre arbitre. Nous rayonnons aussi. Le physicien John Wheeler parlait d’un « Univers participatif » dans lequel nous avons un rôle dans la création de la réalité émergente. Ou plutôt d’un gigantesque hologramme pour reprendre le physicien David Bohm.

En conséquence, agir « justement » n’est pas combattre car cela renvoie à des conditionnements, à une forme de violence qui ne peut être un outil de régulation. Agir « justement » n’est pas s’opposer pour imposer ses vues égotiques, agir « justement » ce n’est pas dicter, imposer. Agir « justement » c’est simplement porter comme essence la plus noble des intentions, de manière détachée, et en toute liberté (sans être lié), en toute rectitude, en toute authenticité, et sans attente d’un bénéfice. C’est l’intention et l’attention éveillée. C’est le l’esprit et le cœur qui n’alimentent plus le karma (fruit de l’ignorance) en désactivant l’ego dans une perspective de calme et de Devenir/Revenir. Car tout cela n’est qu’une question de Devenir/Revenir, là où le macro et le micro se rassemblent, le point comme Un.

Difficile à croire ?!

Vous regardez peut-être à cet instant l’heure sur votre smartphone, votre montre, ou sur une horloge… Vous regardez peut-être autour de vous. Et tout cela ne serait qu’une perception humaine ? Votre perception ? Difficile à accepter, à comprendre, à digérer. Ainsi, notre socle de « vérités », celui qui nous socialise, celui qui nous offre une grille de lecture sur le monde, ne serait donc qu’une simple représentation, des choses sensibles, une histoire produite par l’hémisphère gauche du cerveau ?

« Quand on s’est élevé des choses sensibles […] on est bien près de toucher au but »

Platon, Timée

J’imagine certains qui objecteraient : « Pourtant, via ses gènes, même un bébé sait que le monde est fait d’objets solides qui se déplacent quand on les pousse, sans jamais s’interpénétrer ! » Effectivement. C’est évident. Il y a une approche innée, et elle est héritée de l’évolution. On la nomme « pensée objective ». Pour chacun d’entre nous le ciel – le jour, sans nuage, sans pollution ou éclipse – est bleu. Et pourtant, les couleurs n’existent pas dans le réel. Pas plus qu’une température qui ne fait que décrire la façon dont un groupe de molécules vibre. Tout cela n’est pas de l’ordre du réel. Ce qui ne veut pas dire que le fait n’existe pas. Une représentation est un fait, c’est une donnée, une information, une modélisation, une construction. Mais les lois physiques et universelles contredisent cette perception sensible. Les mathématiques décrivent plus certainement le réel. Or, nous fonctionnons en nous basant sur des présupposés liés à des croyances et des héritages d’information. La Vérité que nous croyons nue se compose avec un prisme propre. Le cerveau reçoit, traite puis transmet de l’information. Il ne la crée pas. Il n’y a pas de tabula rasa. Le cerveau ne serait qu’un outil capable d’extraire de l’information d’un hologramme universel (système le plus efficace pour stocker de l’information) et de créer mathématiquement une réalité objective. Le cerveau fonctionnant lui aussi comme un hologramme selon Karl H. Pribram, pionnier de la recherche sur le cortex cérébral. Ce qui expliquerait pourquoi les mathématiques sont le meilleur moyen d’accéder à un réel qui ne serait en fait qu’une réalité pour ne pas dire illusion.

Petit exercice

Vous avez probablement remarqué l’image animée ci-jointe avant de lire ceci, et de vous-même vous avez fixé la croix centrale et perçu l’illusion d’optique qui se crée tant que vous n’avez pas cligné des yeux pour retrouver une vision plus globale. L’illusion de vérité est comme l’illusion d’optique. Une interprétation. Une construction.

Autre leçon : quand on se contente d’un angle de vue et qu’on se fixe sur une seule chose, on manque de perspective et de hauteur sur l’essence même des choses.

Si un arbre se renverse dans une forêt, le bruit de sa chute existe t-il si rien n’est en capacité de l’entendre ? La réponse est non. Un son est une vibration qui se propage sous forme d’ondes. Pas de récepteur, pas de son. De la même manière s’il n’y a pas de conscience pour aligner des états en 4D (espace et temps) dans une succession, il n’y a pas de temps vécu. Celui-ci étant une réalité secondaire à partir d’une réalité fondamentale. Une interprétation de fréquences.

>> Tout ne serait donc que des données et une transformation de celles-ci en une réalité. Reste à connaître le Principe, l’origine, l’intention, le sens de cette simulation.

Et à l’échelle humaine ?

Chaque chose est vraie à son niveau, mais le réel est à un niveau supérieur. A l’échelle humaine, les rapports au monde existent… et divergent. Il y a des conceptions de la vérité (adéquation entre la réalité et l’homme qui la pense) comme il y a des évolutions dans les savoirs (notions admises par consensus et transmises par les sociétés). Les conceptions varient aussi en fonction du groupe culturel, religieux, politique, philosophique, idéologique, etc. On pourrait presque affirmer qu’à une illusion de vérité innée (celle du bébé), qu’à une illusion de l’ordre du sensible, s’ajoutent, par couches, différentes « illusions de vérité » qui se fondent sur des savoirs sélectionnés. Des opinions en somme. Comme autant de voiles les uns sur les autres qui habillent la réalité générée et qui couvrent le réel.

Ces voiles sont donc des illusions et des conditionnements qui habillent une réalité émergente. Il y a du prêt-à-porter, de la haute couture, des uniformes… des codes identitaires. Ou communautaires. Dans le but conscient ou inconscient d’une stratégique socialisation par le biais d’une appartenance. On utilise les voiles codifiés pour être en adéquation avec sa tribu, et cela devient la réalité établie (voir l’allégorie de la caverne). Et on agît en vertu de cette vérité codifiée avec potentiellement un désir de l’imposer.

Se réunir autour d’une des illusions de vérité du vaste et actualisé catalogue des conditionnements politiques, religieux, philosophiques, idéologiques, etc. renforce la cohésion du groupe et sécurise l’individu. Cet acte de socialisation en égrégore donne à l’individu la conviction qu’il « existe » en tant que personne, qu’il compte, qu’il apporte sa pierre, qu’il se protège, voire potentiellement qu’il a un certain pouvoir, un rôle à tenir en tout cas. Il crée du lien social et se rassure dans son endogroupe. Car, oui, le Sapiens est un animal social. Très social même. Animal assez démuni physiquement, c’est par la technique (les outils) et des stratégies collectives qu’il a appris à mieux survivre et qu’il a pris « le contrôle » de la Terre, sans dominer la Nature par ailleurs. Il cherche vainement à dompter la Nature plutôt qu’à l’accepter. Et son moteur est le récit même s’il tord la réalité. Quoi qu’il en coûte. Même si l’obscurantisme est au coin du bois. Nous sommes définitivement des faiseurs d’histoires.

« Celui qui raconte des histoires règne sur le monde »

Proverbe de la tribu Hopi

Constatez-le par vous-même, chaque jour, chaque être humain se plonge dans des quantités d’histoires en tous genres via des séries, des films, des romans, des pièces de théâtre, des jeux vidéos, les actualités, des débats mis en scène, des discussions entre amis, des formes diverses et variées de story telling, etc.

Baigné dans des histoires extérieures diverses et variées, l’Homme doit sentir que la sienne existe un peu et que son auto-narration a une valeur particulière. Certains récits collectifs inspirent de nouveaux chapitres dans sa propre auto-narration. Inversement, quand il se sent hors du récit collectif, quand le vaniteux ne se sent pas plus-value, quand son auto-narration se trouve face à une page blanche, quand il ne comprend pas, il peut devenir ressentiment, rage, colère et/ou violence. Son niveau de narcissisme et d’orgueil faisant office de coefficient multiplicateur.

« L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. »

Averroès

Pour exemple, afin d’illustrer à partir de l’histoire récente, des citoyens français hors du supposé roman national ont crée une forme d’endogroupe avec une identité jaune sur laquelle chacun a posé sa définitionsa « vérité » comme LA vérité, sans autre point commun que la colère, le ressentiment contre quelque chose mais pas une même chose. Sans chercher à juger, on observe que chacun parlait en toute inflation devant les caméras au nom d’un groupe pourtant hétérogène qui ne le reconnaissait pas comme porte-parole du mouvement. Suintait parfois un ressentiment, un désir de revanche sur une élite supposée et d’autres cibles qui autoriserait un recours à la violence. A la kyrielle de versions qui s’autoproclamaient vraie vérité « au nom des Français » sont venues s’ajouter celles des observateurs. « La parole est à moitié à celui qui écoute, et à moitié à celui qui parle », disait Montaigne. Où était la vérité absolue là-dedans ? Récits contre récits sous cloche. Opinion contre opinion au delà des faits. Tout le monde parlait au nom de la vérité avec des certitudes impossibles. Processus que l’on retrouvera dans la foulée avec une secouante pandémie.

Mais la vérité n’a pas besoin d’interprètes, de traducteurs, de porte-parole. Comme elle n’est la propriété de personne. En l’an 58 déjà Sénèque (dans « De vita beata« ) invitait a se « séparer de la foule » qui « tient ferme contre la raison » et défend « le mal » qui la tue après cette phrase : « Il n’est pas bon de s’attacher à ceux qui marchent devant. » L’homme place par réflexe des interprétations, hypothèses, déductions, interprétations, opinions, et conclusions sur la réalité qu’il perçoit pour en faire LA vérité. Réalité décrétée (nommé sociologiquement « Bullshit ») qui va entretenir ou générer chez lui un sentiment, un état d’esprit, un comportement ou une action. D’autant plus que celui qui pense savoir la vérité se sent le droit d’organiser la vie des autresd’ériger son monde, de combler ce qu’il juge comme le vide ou l’ignorance des autres (les exogroupes). Idem pour le concept de « pensée unique » qui ne vise qu’à désigner et condamner ce qui n’est en fait pas « ma pensée ».

On le constate, l’Homme est porté par son auto-narration tant qu’il n’a pas isolé l’ego, le Moi générateur d’illusions. On observe même qu’un individu peut valider (feedback) inconsciemment une donnée fausse quand son groupe lui transmet plusieurs fois alors qu’il pense initialement qu’elle est fausse (expérience de Asch). Mais il se range derrière le groupe quand il lui porte une estime et qu’il est (inconsciemment) dans son intérêt d’y rester. Une folie partagée peut donc se voir étiquetée « vérité indiscutable ». L’Histoire en regorge. Surtout quand il s’agît de désigner un bouc émissaire. Ainsi, longtemps, dans nos contrées occidentales, l’imaginaire diabolique, les prisonniers, prostituées, bouffons, musiciens, bourreaux, hérétiques, lépreux, bohémiens, juifs, musulmans étaient associés à des tissus rayés, ceux du mauvais. Une manière de différencier les « honnêtes gens » des bannis.

On remarque que les théories du complot connaissent une inflation lors d’événements riches en émotions (attentat, pandémie, etc.). Penser négativement rassemble. On peut y voir une attitude enfantine de la part d’adultes supposés qui se refusent à accepter une situation et choisissent de générer un sens, de se donner un statut de clairvoyant, donc d’entrer dans le clan des héros de l’histoire en cours face à des ennemis désignés.

Ce reformatage du réel offre l’avantage de s’attribuer un rôle dans l’histoire collective racontée. Le récit plutôt que l’Être. La socialisation plutôt que la solitude métaphysique. Le roman collectif plutôt que la vérité brute surtout si on en fait partie. Ou l’auto-narration comme vérité avérée pour gonfler l’estime de soi. Car il n’est pas question ici d’un mensonge. Pour mentir, il faut au moins connaître la vérité.

“L’espèce humaine possède une capacité de pensée collective ou sociale, expliquait Pascal Huguet, du CNRS, à “Science et Vie”Notre vision du monde est très inspirée par les autres. Pour cimenter nos groupes d’appartenance l’évolution nous a dotés de l’aptitude à créer un récit collectif qui, même parfois dénué de réalité factuelle, acquiert la même “réalité” que les faits du monde physique.” L’Homme est ainsi. Conditionné. Une vérité relative peut être décrétée vérité absolue si elle le conforte. Il peut se battre, détruire en son nom sans réaliser que l’adversaire c’est aussi lui-même. Chacun pense avoir raison ou a de quoi justifier – après coup – pourquoi il a pu être défaillant. Le mental inférieur est toujours en capacité d’argumenter, de générer des causalités.

« On peut aisément pardonner à l’enfant qui a peur de l’obscurité, la vraie tragédie de la vie, c’est lorsque les hommes ont peur de la lumière »

PLATON

Se recentrer, construire seul(e) sa pensée de manière analytique ou analogique est plus coûteux en temps, en travailet en énergie (le cerveau est énergivore et il tend via le striatum à se mettre naturellement en mode économie, à chercher l’homéostasie). En outre l’isolement (de l’individu face à la totalité du groupe) qui en découle, est moins utile socialement parlant, comme nous venons de le voir. Mais la liberté passe aussi par là : changer et penser véritablement par soi-même, par-delà le holà social et trouver au bon endroit son aiguille. Elle indique le nouveau point d’observation qui permet de prendre de la hauteur. Car la liberté c’est bien plus « Être » que faire ce que l’on souhaite pour satisfaire consciemment ou inconsciemment son ego, son mental inférieur, son striatum. Il est plus facile de décorer sa cellule sociale d’illusions et de se sentir y exister que de retrouver le souffle ou la lumière au delà des apparences trompeuses et des incohérences acceptées et validées par le groupe. On peut choisir de juste exister dans une tribu (et il n’y a rien à redire), on peut préférer chercher à avoir (et ne pas voir). On peut aussi décider d’être et d’évoluer dans une forme d’individuation. Il est possible d’orienter la structure et l’activité de son cerveau. Encore faut-il vouloir sortir du cadre social et collectif pour réaliser sa nature prégnante alors que le double objectif réflexe est la préservation et l’affirmation de sa personne dans la société.

Revenons à notre rayon « déformation du réel en réalité », chacun sait d’expérience que le cerveau nous ressert des souvenirs transformés, revus et corrigés. Une mutation dictée par les autres expériences de vie, par les émotions attachées au souvenir en question, et dans l’intérêt propre du cerveau. Dans sa mémoire, on « imaginait les choses » comme ceci, comme cela… et on est surpris. « Je la voyais plus grande la maison de mon enfance… »

Autre exemple d’interférences et d’interprétation conditionnée, quand un événement susceptible de provoquer le recueil de témoignages survient (une agression dans la rue par exemple), on observe que les récits recueillis individuellement contiennent fréquemment des différences significatives (une machine au Natural History Museum de Londres permet aux visiteurs de le constater par expérience). Et pourtant, il s’agît d’un même fait brut à la base. Bref, il est bien difficile de démêler le vrai du faux. Même quand un témoin oculaire est certain d’être objectif, de bonne foi, et sûr de sa vérité, il est subjectif. On ne peut pas séparer l’objet du sujet. Rien n’est moins fiable que la certitude. Rien n’est plus utile que le doute fondamental. La « réalité » a autant de facettes qu’il y a de regards.

L’occasion de rappeler encore qu’ici le but n’est pas de convaincre, d’agiter des arguments, de dicter quoi que ce soit, mais de proposer humblement quelques lignes d’expression en libre-service afin de piocher ce que l’on voudra bien hors des croyances limitantes, doctrines et dogmes. Et…