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possibles

Persévérez / Percez et vous verrez

Persévérez ! Percez et vous verrez ! Dans les légendes, chaque héros a son propre parcours. Les aventures diffèrent, mais elles mènent à un Graal.

Souvenons-nous de la multiforme légende arthurienne du Roi Pêcheur à la multitude de sens et d’interprétations qui met en scène le chevalier Perceval (celui qui « perce le voile » de l’ignorance et de l’illusion). Penchons nous sur cette histoire qui illustre notamment une forme de trop courant renoncement face à l’essentiel. Un renoncement ou au choix une errance, une indifférence, une crainte, une souffrance…

En effet, une question et une démarche essentielle sont souvent mises de coté : pourquoi ? Pas le « pourquoi » né d’une faim de curiosité dans la vie de tous les jours. Non, celui qui est trop souvent happé par le train du quotidien. Nous évoquons ici le « pourquoi » plus vaste et plus fondamental. Celui qui crée du lien, donne du sens, ouvre les yeux, fait vibrer, régénère le cœur, et permet d’évoluer, de se centrer. Nous parlons ici d’intention de transformation, processus courant dans toute la nature. Il est question ici du pourquoi absolu qui permet d’ouvrir les yeux et de désirer voir au delà des voiles qui cachent l’essentiel.

Perce le voile

Rappelez-vous l’épopée de Perceval, parti à l’aventure sur sa monture. Il arrive sur des terres sinistrées, dans un environnement qui semble sans vie. Comme si la nature souffrait de dépression. Les maisons ne semblent pas réellement habitées. Le chevalier aperçoit un vieil homme en train de pêcher dans une rivière relativement asséchée. Il se rend auprès de cet ancien qui se trouve être le Roi. Le souverain est un homme malade de ses blessures qu’il ne parvient à guérir. Un état qui rejaillit sur son royaume, sinistre. Le Roi déprimé se contente d’aller à la pêche alors qu’il sait qu’il n’en ramènera rien.

Malgré son état, il offre – en homme de qualité – à Perceval gîte pour la nuit et couvert en son château. Ce que le jeune homme accepte même si le chemin pour s’y rendre est ardu. En effet, il faut passer par une faille rocheuse (trop étroite pour qu’un ego vigoureux et incompatible avec une quête initiatique ou une évolution spirituelle ne s’y glisse). Si le château est magnifique et contraste avec le reste du royaume, ses habitants semblent malheureux. L’endroit n’est que silence et tristesse. L’heure du dîner arrive, Perceval en tant qu’invité d’honneur prend place à côté du Roi. Étonnamment, les nombreux mets sont raffinés, le vin est divin. Le repas contraste avec la déprime prégnante. Mais il n’apporte aucune joie auprès de la cour (la profusion de nourriture faisant référence à la matérialité).

Surprise, un merveilleux et curieux cortège traverse la salle et passe entre les convives et un feu crépitant. Il est composé en sa tête d’un jeune homme blond, tout de blanc vêtu. Il tient une lance sur laquelle glisse un peu de sang. Suivent deux jeunes hommes tenant des chandeliers d’or. Derrière eux, une femme d’une incroyable beauté avec un plateau d’argent aussi remarquable que flamboyant, sur lequel se trouve une coupe d’or sertie de pierres précieuses. Cette coupe rayonne et diffuse les plus envoûtants reflets de lumière. Le cortège passe une fois, Perceval n’ose parler. Puis une seconde fois plus lentement. Le chevalier n’ose interroger pour comprendre la motivation de ce cortège magnifique, atypique et inattendu. Il n’ose parler. Les lamentations se font plus fortes à table et les pleurs plus nombreux. Le Roi pécheur propose à notre héros un récipient dans « lequel ils se lavent les mains à l’eau convenablement chauffée. » C’est une initiation qui est ainsi proposée à Perceval. Mais ce dernier n’est que silence. Il finit par rejoindre sa chambre pour la nuit.

Le lendemain matin le chevalier découvre un château désert. Il retrouve son cheval dans l’écurie et quitte les lieux. Sur le chemin, une cavalière fonce vers lui et l’interpelle« Tu es un mauvais chevalier ! Pourquoi n’as tu pas demandé au Roi ce qu’était ce cortège ? Cette simple question aurait provoqué sa guérison et redonné vie à notre cité ! Mais tu n’as rien fait, tu n’a porté aucun intérêt ! Va maintenant vivre tes aventures, mais que ta conscience ne trouve pas de repos tant que tu n’auras pas réparé ta mauvaise action ! » Puis elle repart aussi promptement.

Désigné coupable par cette femme venue de nulle part, Perceval entend retourner au château du Roi Pêcheur afin de corriger son erreur, afin de porter attention à ce qui était sous ses yeux – le Graal – et libérer le Roi de sa souffrance et le royaume de sa petite mort. Mais il erre, se perd. Il ne trouve pas le fameux château mais la solitude et l’obsession du Graal. Car sa mission était de sauver la Connaissance.

Graal

Dans son interprétation moderne le Graal est un objectif difficilement réalisable, mais qui apporte de nouvelles connaissances et/ou permet une application originale sur la matière. D’ailleurs on qualifie la théorie de grande unification (théorie du Tout) de « Graal des physiciens ». 

Le Graal, un Tout… L’essence de l’Homme est le questionnement dynamique. Encore faut-il qu’il soit motivé par une juste intention et capable d’une véritable attention. Tout est déjà là, si près, il n’y a rien à inventer, juste se reconnecter, se retrouver, pour être digne de lever le voile. Chaque interrogation est une porte que l’on ouvre. Surtout, la matière première (materia prima) est proche. Mieux, elle est en nous.

Symboliquement, cette légende explique que, sans ouverture, sans quête et sans cœur, tout se déprime, rien n’évolue, l’incomplétude demeure. Sans œuvre personnelle au sein d’une œuvre collective, pas de Grand Œuvre. Ce conte explique qu’on choisit de demander et de recevoir une impulsion. Le libre-arbitre est respecté. Cette histoire raconte qu’on peut mourir de soif à côté de la fontaine, ne pas se nourrir alors qu’on est convié à a table des sagesses. Le déconditionnement est un cap à passer lorsque l’on est en quête de Connaissance et de réalisation de l’Amour Inconditionnel au delà des apparences trompeuses entretenues par l’ego.

Cette intention, à elle seule, enclenche le processus. Cette histoire invite à tendre vers la découverte de la quintessence. Car c’est sur ce chemin de l’individuation que chacun peut trouver sa place. Mais il faut le premier pas. Dans cette histoire du Roi Pêcheur, la cité périssait à cause d’une confortable indifférence, d’un somnambulisme existentiel, fruit d’une négligence en termes d’attention et d’intention. Un défaut de conscience qui se répercutait dans la matière. Et pourtant le Graal, ce trésor absolu, était juste là, à portée, sur un plateau. Encore faut-il vouloir se saisir de la matière première pour débuter sa propre évolution. D’abord par un simple « pourquoi » qui n’apporte pas une réponse construite sur une induction ou une déduction, mais qui montre fondamentalement la voie vers une destination. L’éveil intérieur amorcé demeure. Il commence par le fait de se reconnaître soi-même tel que l’on est. Par regarder, re-garder, garder enfin ce que l’on a perdu.

Persévérez ! Percez et vous verrez !

Dans les légendes, chaque héros a son propre parcours. Les aventures diffèrent, mais elles mènent à un Graal. Elles conduisent chaque être vers lui-même. Car le mystère n’est pas en dehors. L’âme de l’Univers nous invite à être unis vers… le Un, tout entier. Persévérez ! Percez et vous verrez !

ÉTYMOLOGIE UNIVERS – Lat. universus, tout entier, universum, l’univers, de unus, un, et vertere, tourner : rassemblé, mis en un. [Dictionnaire Littré]