15 49.0138 8.38624 arrow 0 arrow 1 4000 1 fade https://aucoeurdetout.com 300 0 1
theme-sticky-logo-alt
cœur amour

L’Amour Inconditionnel (A.I.)

Si on tombe amoureux, on s’élève en amour. La différence est à souligner. Si dans les deux cas la génération n'est pas dans l'air mais naît en soi, la nature de la semence est différente, l'attention et l'intention divergent.

Définir l’amour

Aimer une activité, aimer une idée, aimer une chanson, aimer une chose, aimer une personne… On aime à toutes les sauces dans notre société, au point de vider le verbe de sa force. Une illustration de la contraction de notre langue courante. Ici, vous l’aurez deviné, nous ne parlerons pas d’aimer la pizza ou de kiffer le ski mais d’une forme d’amour plus intense. La plus essentielle, fondamentale et authentique : L’Amour Inconditionnel (A.I.) comme une quintessence. L’amour dans son éblouissante vérité totale, aux antipodes de l’état amoureux.

Définir l’amour en une ou deux phrases semble impossible. En tout cas les définitions proposées ici ou là pour l’expliquer paraissent insuffisantes. Peut-être parce que dans notre mot « amour » on place définitivement trop de choses diverses et variées. Ce flou interroge. Utilisons-nous un mot substitué parce que nous avons perdu l’original ? Avons-nous oublié le sens de l’amour ?

Les mots grecs « storgê » (amour familial), « philia » (amitié/lien), « agapé » (amour universel) comme la référence à Éros pour l’amour physique (bien que l’union avec Psyché ne se fasse qu’une fois les désirs sensuels dépassés), font des différences, et proposent une gamme de types d’amour. Le terme « dilection » renvoie à un amour tendre, purement spirituel.

Que faire ? Le rendre ineffable, sans nom ? L’appeler amour inconditionnel – en référence à sa plénitude, à son absolu, sa permanence, son aspect primordial, fondamental, originel – est une possibilité. L’autre étant de décoller du terme amour ce qui le souille, ce qui brûle. Car le danger est avant tout dans la consomption.

La différence entre amoureux et « en amour »

De la même manière, il n’y a pas de chute en amour. Ecoutez : on tombe amoureux, on s’élève en amour. La différence est à souligner.

Si dans les deux cas la génération n’est pas dans l’air mais naît en soi, la nature de la semence est différente, l’attention et l’intention divergent. Le véritable amour ne jaillit que quand on s’est libéré de l’ego, que quand il n’est pas question d’ego. Le Soi se substitue au Toi et Moi. Il n’a pas d’explication biologique et hormonale à l’Amour, ce qui constitue une autre différence avec la fièvre amoureuse.

Quand on devient amoureux, c’est que le cortex orbifrontal – sur la base d’expériences passées, d’informations, de conditionnements – a généré un signal aux régions cérébrales productrices d’émotions. La dopamine entre en jeu. L’ego, le Moi, crée l’auto-narration qui accompagne le processus biologique amoureux. Car il faut mettre du récit sur des affaires de molécules. C’est notre mode de fonctionnement. Alors on affabule, on affirme, on se trompe soi-même, on romance. L’ocytocine, « hormone de l’attachement », est à l’ouvrage avec la vasopressine. Et on établit par exemple une projection sur l’autre sous la forme d’un(e) élu(e) unique.

« Il y a des mécanismes qui se mettent en place pour que cette personne nous paraisse vraiment formidable, pour nous obliger à rester avec lui ou avec elle le temps de produire l’enfant et l’élever jusqu’à ce qu’il soit un tout petit peu autonome. »

Lucy Vincent, neurobiologiste, sur France Culture

Ne faut-il pas entendre « Et moi ! » et/ou « aime-moi » dans émoi ?

Souvent, dans un second temps, après le dopage, les fantasmes et rêveries, tout ce qui va diverger du tableau d’ensemble imaginé sera synonyme de déceptions. On n’est plus amoureux. Ce qui n’empêche pas des formes d’attachement. Mais on range le costume d’apparat crée pour parvenir à séduire (et se séduire soi-même quelque part). Un habit de lumière qu’on finit par dépareiller par désenchantement, une fois que le regard de l’autre n’est plus un assez beau miroir. C’est pourquoi dans les fictions romantiques il est en général relaté les premiers moments d’un couple en lévitation (la suite ne présentant d’intérêt que si elle est à obstacles). Bref, on génère la clé de l’expression amoureuse dans ce qu’on appelle l’ « émoi ». Mais ne faut-il pas entendre aussi « Et moi ! » et/ou « aime-moi » dans émoi ?

Dit en passant, il n’y a pas de serrure en amour… et pas plus de cadenas. Quoi qu’en pensent les amoureux qui sur les ponts jubilent de symboliser un cadenassage. En amour, il n’y a rien à verrouiller, à confiner, il n’y a pas de propriété. Personne n’appartient à un ou une autre. Jamais. Est mensonge quand on aime en songe. Un amoureux ne sachant s’effacer devant l’amour se leurre.

Un grand « oui » sans condition

Le véritable amour est un grand « oui » sans condition, sans stratégie, sans calcul, c’est un dépassement du Moi, donc sans affaire d’ego, de mental ou d’hormones. Vous l’aurez noté, les deux premiers sont toujours dans les mauvais coups. Etre en amour est une affaire de reconnexion à un principe primordial que nous portons. C’est notre propos. On y accède par la vérité, l’esprit et le cœur. Par la chute de l’ego. Car l’anti-venin se crée à partir du venin lui-même. C’est en ayant été mordu par l’ego que l’on s’en soigne. Et nous avons tous connu cette morsure.

L’Amour – tel que nous l’avons redéfini – est permanent. Il demeure, il est hors du temps. C’est un rayonnement définitif, de la paix, de la joie. Un ronronnement.

La passion est une relation cul-de-sac

Etre amoureux, nous l’avons vu, est une affaire d’ego, du (bien bavard) mental et de biologie. Dans l’expression exacerbée du leurre romancé, l’amoureux touche même à la passion. Mais le mot « passion«  vient du latin « passio », qui signifie « souffrance ». La passion est donc l’opposé du plaisir. Celui ou celle qui a connu la passion connaît la fragilité qu’elle engendre, l’euphorie, l’attachement morbide, le stress, le manque de lucidité et la dépendance qu’elle provoque. D’ailleurs l’amoureux, quand il est éconduit, ne tend-t-il pas vers le néant, l’abîme ? La passion est une relation cul-de-sac. Le coup de foudre par définition brûle et détruit celui qui prend l’apparence pour la réalité, le masque pour le véritable visage. Être amoureux ou amoureuse est à la portée de tous. Le sentiment amoureux est impermanent. Il est d’ordre du récit. C’est une (dis)torsion de la réalité. Ce ne sont pas les histoires d’amour qui finissent mal (« en général »), ce sont les histoires d’amoureux. Les vraies histoires d’amour ne finissent jamais. Elles ont la capacité à maintenir le plaisir. Le reste – ce qui n’est pas amour – est illusion, factice antidote contre l’ennui. L’insupportable solitude représentant elle des sables mouvants.

« Croyez-le, le véritable amour est éternel, infini, toujours semblable à lui-même. Il est égal et pur, sans démonstrations violentes… Il se voit en cheveux blancs, toujours jeune de coeur. »

Honoré de Balzac – Le Lys dans la vallée

Le véritable amour et le Moi ne vont pas ensemble

L’amour absolu est un don qui s’ignore car il est naturellement altruiste, il n’entend aucun calcul, il n’attend aucun retour, il ne peut être pragmatique, il est incompatible avec la jalousie. Il est épuré, simple, humble, il ne peut s’imposer à autrui par rapport à sa propre conception du bonheur. Pour le rendre plus intelligible dans le cadre d’un rapport entre deux êtres humains, prenons l’exemple de l’amour que l’on peut porter à un défunt proche si on n’est pas dans le jugement comptable des faits passés. Il reste dans le cœur sans jeu d’interaction à cause de la barrière de la mort. Mais le canal d’amour reste vivant sans attente d’un retour. Il existe en soi, il est là, il est.

L’Amour n’a pas forcément besoin d’un partenaire ou d’un tiers pour s’exprimer. C’est un élan naturel et permanent, sans monopole, global. Et en aucun cas basé sur une causalité, qui comme nous l’avons vu n’est qu’une chimère. Tout ce que l’Homme entreprend doit être un mouvement qui va de l’intérieur vers l’extérieur jusqu’à ce que se gomme la différence.

L’Amour Inconditionnel illumine ce que l’ego obscurcit

L’Amour Inconditionnel centre. Il est intemporel, il élève, il est le germe universel, il est l’expression du Tout, uni. Le pot aux roses est d’ailleurs dévoilé avant le dernier souffle dans l’antichambre de l’éternité par un « Je t’aime » ou un « Je vous aime » que celui qui part donne (voire pardonne). La rose est la fleur du secret car elle ne montre son cœur qu’avant de mourir. La révélation offerte par la rose, le secret, c’est que l’amour est quintessence quand il est inconditionnel, absolu, donc véritable.

Ce propos, c’est entendu, est à contre-courant de la tendance sociétale globale qui loue en priorité les émotions exacerbées et hors-sol, qui s’enthousiasme pour des passions spectaculaires (et les souffrances qui vont avec), pour les désirs illusoires montés (« aimer à en perdre la raison »), pour les récits. On trouve peu d’éloges de la suave douceur profonde, de la joie (dans le coeur) et de la sagesse qu’offre le trop souvent méconnu Amour Inconditionnel. Le récit, toujours le récit… au caractère miraculeux, perçu comme plus réussi s’il est une illusion agitée dans un cocktail d’émotions. Mais le véritable savoir-vivre ne repose-t-il pas sur l’Amour Inconditionnel ? D’ailleurs, si l’étymologie du mot « amour » est latine, l’origine est plus lointaine avec le « Amma«  indo-européen qui veut dire maman. Il est donc question d’amour premier, initial et inconditionnel dans le mot « amour ». Hors du temps, l’amour ne peut avoir d’épitaphe.

Énergie vitale

En outre la vie se construit sur l’amour véritable ou son absence. Les troubles psychologiques ou déprimes renvoient souvent à une « défaite en société » ou à un moment donné où l’Amour Inconditionnel (au sens imposant du terme avec deux majuscules) a fait défaut sous une forme ou une autre. La base de tout, c’est l’Amour Inconditionnel. C’est l’énergie vitale, le ciment parfait. Rien de trop. Ego, mental, illusions, désirs, conditionnements et d’autres facteurs font eux barrage.

Le plus important, l’enjeu, c’est donc l’Amour Inconditionnel. Autrement dit, connaitre le véritable amour en tant qu’énergie, que Principe. Pas seulement le recevoir, pas seulement le donner (et se rendre compte que le don ne vous enlève rien bien au contraire)… mais le porter. Ou mieux l’éprouver : connaître l’amour, co-naître l’amour, renaître en amour, pour juste ÊTRE. C’est un état et c’est la destination.

Renaître comme dans l’expression orphique du mythe de Dionysos-Zagreus (díogonos, « le deux fois né »), dans laquelle l’enfant se regardant jouer avec des objets dans un miroir devient la victime des Titans envoyés par Héra. Ils le découpent en sept et cuisent dans une marmite les différentes parties de son corps pour le manger, sauf une, épargnée, son cœur. C’est à partir de son cœur (« qui voit ») que Zeus lui permet de renaître. Tel le germe du grain de blé qui – s’il représente 2% – est la partie qui donne vie à la nouvelle plante. Cet enfant qui se regarde jouer dans le miroir, c’est nous. Nous dans notre récit quotidien en tant que personnes en société avec nos masques. Et la Co-naissance passe par une décomposition et une recomposition à partir du cœur, qui voit, qui sait. Le défi est celui-là.

Personne n’a à se comparer à personne

Les fêlures se gomment quand on cesse de chercher à satisfaire une attente sociétale/sociale idéalisée. On est ce que l’on est primordialement. Sans masque. On n’est pas le récit de son parcours de vie, on apprend de celui-ci, on éprouve. D’où la pertinence de mourir virtuellement dans sa vie pour y renaître sublimé(e) avec un Amour Inconditionnel au cœur. En ma fin est mon commencement. Car une fois le cœur ouvert, l’évolution se dessine de façon évidente. De la même manière, il s’agît de considérer l’altérité sans attente, sans condition, ouvert au monde. Sans jugement, sans critique, sans calcul. Personne n’a à se comparer à personne. C’est l’harmonie invisible, le centre unificateur.

La fleur, riche en parfums et en couleurs, a ses racines dans une terre noire améliorée par des engrais malodorants. Elle est entièrement belle. Et elle s’épanouit non pas pour son profit personnel mais parce que c’est sa nature. Tout simplement.

Le Principe

Puisque tout est UN – intriqué, intemporel, isotrope, homogène, indéterminé, séparé et confondu – et que nous sommes un reflet de ce UN, alors l’Amour Inconditionnel étant le plus important pour nous, il est possiblement la matière primordiale, universelle et fondamentale, partout. Le Principe. Il est le ciment fondamental comme la matière noire (invisible) dans l’Univers. A tous les niveaux. Dans cette même inspiration, le souffle (d’amour) est l’énergie transmutatoire comme l’énergie noire et réciproquement.

Jusqu’à preuve du contraire l’Amour Inconditionnel est fondateur, il est la clé de chaque étape, il est celui qui apaise l’agitation, il est celui qui permet la compassion, la transmutation, la cohabitation pacifique des contraires, il est le ciment qui rassemble ce qui est épars, il est le lien qui fait de toutes choses une seule. Il est ce qui reste au terme de l’évolution et son inspiration. IL EST. Si la tête pose des questions, le cœur sait déjà la réalité profonde des choses. L’amour est la nature primordiale, la source de Tout. Tout.

« Notre premier professeur est notre propre cœur »

Proverbe cheyenne