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La voie est toujours sous ses pieds

Une simple question peut se révéler utile afin d’auto-évaluer son niveau d’alignement entre « être » et « personne ».
La Madeleine aux deux flammes – Georges de La Tour

Bien que mortel(le) à chaque instant, nous avons tendance à vivre au quotidien comme un(e) immortel(le). Nous ne regardons la mort en face que quand elle se dresse devant nous, quand elle nous barre la voie.

« Beaucoup pensent à vivre longtemps, peu à bien vivre. »

Socrate

Memento mori (Souviens-toi que tu te meurs)

Et si nous savions… si la date de notre mort nous était révélée, si elle était définie, s’il était écrit qu’il nous reste une heure, deux jours, trois mois ou quatre ans de vie… que ferions-nous ?

Dans le recul sur soi et la prise de hauteur se trouvent une partie de la réponse. Dans cette hypothèse d’un compte à rebours restreint et connu, chère lectrice, aimé lecteur, changeriez-vous votre manière d’être et de voir ? Redouteriez-vous de n’avoir rien été ou pas assez avant de n’être physiquement plus rien ? Chercheriez-vous à plus avoir ou à mieux aimer ? Modifieriez-vous rapidement votre cap en supputant des regrets au terme de l’histoire en cours ? La réponse apportée peut être révélatrice. Iriez-vous vers plus de Moi ou plus de Soi ? Rechercheriez-vous du bien-être ou à être du bien ? 

Le plus important n’est pas le chemin (sur lequel on a le droit de trébucher ou de chuter), c’est la destination. Un morne quotidien peut être illuminé. Mais de crainte de solitude ou d’isolement nous avons souvent tendance à nous positionner à la surface de notre être, tournés vers l’extérieur pour y trouver une forme de nourriture quitte à surfer sur des vanités, à valoriser des expressions de vacuité, à suivre la foule.

Conte

Faisons maintenant un bond vers le VIIIe siècle afin de relire un conte de Rabia al-Adawiyya. Que dit cette histoire ?

Rabia y est une vieille femme qui voit mal. Elle est dans la rue, en train de chercher quelque chose sur le sol face à sa maison alors que le soleil se couche. Ses voisins viennent l’aider. 

« Que cherches-tu Rabia ? » lui demandent-ils. « Je cherche une aiguille », explique la dame âgée. Ils commencent à l’aider, mais la mission est aussi grande que la rue, trop vaste, d’autant plus que la nuit est tombante. « Tu ne sais pas à peu près où tu l’as perdue dans la rue ? Cela parait compliqué de la retrouver », disent-ils à Rabia après plusieurs minutes de recherche. « Je l’ai perdue dans ma maison », répond la femme. « Mais alors pourquoi nous fais-tu chercher dans la rue ? », s’agace un voisin en se redressant. « Parce qu’ici il y a encore de la lumière et qu’il n’y en a pas à l’intérieur, chez moi il fait noir », dit Rabia en poursuivant sa quête, les genoux dans la terre. « Mais enfin Rabia, tu as perdu l’esprit ! Rentre chez toi et allume une lampe pour la retrouver ! On perd notre temps dehors, l’aiguille n’y est pas… », lance un autre décontenancé. Et Rabia s’esclaffe… avant de dire : « Ah, vous êtes plus malins quand il s’agît de choses triviales ! Pourtant je vous vois tous les jours chercher en dehors ce que vous avez perdu à l’intérieur. » 

Troisième œil

Si nos deux yeux nous invitent à percevoir à l’extérieur la réalité, un troisième œil tourné vers l’intérieur peut nous faire toucher au réel. Ce qui te manque tu le trouveras dans ce que tu es fondamentalement. Dans l’obscurité, la lumière émise par une chandelle est ce qui permet de la voir. Encore faut-il avoir au moins un œil ouvert pour percevoir la lumière et sa source.

Depuis le début de ce texte une trentaine de questions vous ont été posées. Où êtes-vous allé(e) chercher des réponses ? Nos lointains ancêtres ont crée des rites qu’ils pratiquaient dans des grottes. Ils se sont déplacés dans des temples en tous genres. Avec une conviction, c’est à partir de l’intérieur que s’appréhende le sens, l’essence, la quintessence, le cœur de Tout.

Errer est une erreur

« Errare humanum est. » Vous connaissez cette locution latine traduite en français par « L’erreur est humaine. » Mais c’est un raccourci. Le verbe latin errare signifie « errer ». Errer est humain, donc. Aller ici ou là, faire fausse route, se tromper dans son cheminement et croire qu’une chose vraie est fausse ou inversement, c’est humain. Mais c’est une erreur. « Erreur » vient donc du verbe « errer ». Et Errer est une erreur. Il ne faut pas persévérer dans l’errance. La connexion se fait en Soi.

Donner du chemin à ses pieds

Chacun cherche son chas… Chacun cherche l’aiguille et son chas afin d’y glisser le fil de son évolution en tant qu’être. Encore faut-il pour la trouver la chercher. Et la chercher au bon endroit. Endroit qui est réellement à portée de chacun. L’erreur est d’errer. Il faut « donner du chemin à ses pieds », comme disait l’expression en Egypte ancienne. Sans jamais oublier que la certitude éloigne de la Vérité.

Allons à l’essentiel

Le décor est symboliquement planté. Il ne s’agit pas ici, avec ces textes, de se lancer dans une forme d’élégance intellectuelle qui ne serait qu’un luxe illusoire dans un quotidien pragmatique au sein d’une société individualisante. Non, l’illusion est ailleurs… Alors allons à l’essentiel. Allons trouver – avec l’œil ouvert – l’aiguille là où elle est. Laissons l’inconscient se mettre en marche s’il cherche à se réaliser, laissons s’opérer l’immanence, le processus de connexion, d’individuation à partir de notre matière première. Il ne s’agît pas de se limiter à devenir homme ou femme de lettres mais de s’ancrer comme homme ou femme de l’être.

D’ailleurs, nous pouvons distinguer de la lumière sous la porte (de la Connaissance) qu’il nous est possible d’emprunter. Pas besoin d’être nyctalope, chacun peut retrouver l’aiguille (il n’y a rien à créer, tout est là) sans errer et lucidement « s’interroger sur l’absolu »Encore faut-il penser à la bonne échelle, l’unité de mesure dans le réel étant le 1 de l’Univers. >>

« Le plus beau sentiment qu’on puisse éprouver, c’est le sens du mystère. C’est la source de tout art véritable, de toute vraie science. Celui qui n’a pas connu cette émotion, qui ne possède pas le don d’émerveillement ni de ravissement, autant vaudrait qu’il fut mort : ses yeux sont fermés. » – Albert Einstein