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Expérience de pensée

Et si nous évoquions ce pas de côté qui peut donner accès aux vraies lois ?

« La connaissance s’acquiert par l’expérience (de pensée), tout le reste n’est que de l’information », disait le fameux et incroyable Albert Einstein. Décryptons.

La physique moderne est née avec des acquis mais sans données, sans informations. Elle est née dans l’esprit d’hommes brillants avec l’aide d’une méthode atypique : l’expérience de pensée (thématisée par Ernst Mach). C’est à dire « une manière de résoudre un problème en utilisant la seule puissance de l’imagination humaine parce que les conditions de l’expérimentation ne sont pas réalisables » (Wikipedia).

Se laisser porter par son imagination agente

Pour faire simple, il s’agît de se dire à partir de quelques éléments : « que se passerait-il si… ? » Et d’essayer d’apporter – en se laissant porter par son imagination agente – des réponses viables qui peuvent aller au-delà de ce que nous observons. Donc par l’imagination connectée à un plan fondamental (qui ne relève pas de l’imaginaire du sujet limité par l’horizon du Moi) et un lâcher-prise. Car « le monde s’oppose à ce qu’il nous montre spontanément », souligne Etienne Klein, brillant philosophe des sciences chez qui je pioche la partie historique suivante :

On nous dit à l’école que les faits sont premiers. On nous apprend aussi que s’il y a une contradiction entre les faits et les lois, c’est que les lois sont fausses. Mais ce n’est pas… si vrai. Toutes les lois de la physique moderne contredisent les informations perceptibles. Elle sont cachées derrière les phénomènes observés et les contredisent. Pour les trouver, il faut s’écarter du réel empirique – qui reste toujours l’objet d’interprétations – et faire des hypothèses. Et ensuite les tester spécifiquement. Il faut réussir à imaginer ce qu’on ne voit pas. Ce qui amène par exemple à penser le principe d’inertie qui ne s’applique nulle part dans l’Univers puisque le vide n’existe pas. On ne trouve du vide nulle part. Il y a de la gravitation partout.

Imaginer le vide, c’est ce que Galilée a pourtant fait. Ce qui lui a permis d’énoncer la théorie de la chute des corps en 1604. Ce physicien et astronome a remis en cause les idées reçues par l’observation de la nature et les idées d’Aristote en la matière. Est-ce qu’au XVIIe siècle on peut mesurer la vitesse d’un corps qui tombe ? Non. Sait-on alors si le vide existe ? Non. La loi de Galilée ne résulte d’aucune information. Comment peut-on élaborer une loi contredite par les faits observables dès le départ ? Comment peut-on concevoir une loi au XVIIe siècle que même des algorithmes actuels ne pourraient trouver ? Par un stratagème, à savoir l’expérience de pensée, en imaginant la une loi dans un contexte supposé.

Les corps les plus lourds ont tendance à tomber plus vite que les plus légers. C’était la vérité acceptée avant Galilée. Celui-ci laisse tomber une pierre dans de la mélasse, une autre dans de l’eau, une autre à l’air libre. Evidemment les vitesses ne sont pas les mêmes. Et il se demande : et s’il n’y avait rien, du vide… quelle serait la vitesse de chute de la pierre ?

Comme il ne peut expérimenter dans du vide, il doit le penser. Comme à l’époque l’Eglise envoyait vite sur le bûcher, il a pris la précaution de démonter au préalable l’idée qui voulait que les corps les plus lourds tombent plus vite que les plus légers. Il l’a démontée avec l’hypothèse suivante : si on attache une grosse pierre avec une ficelle à une petite, le poids est plus grand. Donc l’ensemble doit tomber plus vite, si l’on suit le postulat d’Aristote. Mais ce même postulat nous dit que la pierre plus légère va provoquer un effet parachute et ralentir la plus grosse. Le postulat se contredit. Il ne fonctionne pas car il dit que la grosse pierre va tomber plus vite ET moins vite. La solution: tous les corps tombent à la même vitesse dans le vide. Ce qui n’empêche pas qu’il y ait d’autres forces liées à la présence de l’air qui font qu’une feuille de pommier ne tombe pas à la vitesse d’une pomme. Galilée conçoit une loi juste en imaginant du vide qui n’existe nulle part. Il a fait un pas de côté.

Revenons à Albert Einstein. Il propose en 1915 une théorie de la gravitation générale. Cette même théorie qui a permis de déterminer les ondes gravitationnelles en 2016, un siècle plus tard. C’est la théorie d’Einstein qui, aujourd’hui, permet de faire de la cosmologie et de concevoir l’Univers comme un objet physique. L’Univers devient un objet avec des propriétés globales et non plus une enveloppe. Mais, en 1915, que savait-on de l’Univers ? On ne savait pas que l’Univers était en expansion. On ne savait même pas qu’il y avait d’autres galaxies (il y en a plus de 2000 milliards)… Par rapport à ce qu’on sait aujourd’hui, il n’y avait quasiment aucune donnée. Mais il l’a pensée. Il a fait un pas de côté par l’imagination.

La mécanique quantique a été formalisée dans les années 20. C’est celle qu’on utilise aujourd’hui pour définir la matière. Les découvertes qui ont suivi n’ont jamais remis en cause les principes initiaux. Que savait-on dans les années 20 sur la matière ? Très peu de choses… La mécanique quantique est née sans données. Avec un pas de côté. Par l’imagination agente (qui n’est pas une affaire d’imaginaire).

« La Connaissance s’acquiert par l’expérience de pensée, tout le reste n’est que de l’information. » Il est fascinant de constater qu’on peut viser plus juste avec une expérience d’imagination. Autrement dit, il est possible de trouver en soi « intuitivement » et immédiatement de l’information via un état modifié ou altéré de conscience. En faisant un pas de côté. En cherchant justement en soi, dans une forme d’arrière-monde.

La Connaissance – par opposition au Savoir qui est donné comme un acquis établi par la communauté – est un rapport actif au monde, dynamique, intérieur. Il demande attention et intention. Une fois que l’on passe du Savoir (passif) – qui repose plutôt sur la mémoire – à la Connaissance (active), l’inspiration s’enclenche comme une suite logique. Alors une dynamique fabuleuse métamorphose la vie intérieure.

Autre exemple, Démocrite qui aux alentours de 440 avant J.-C., a pensé l’atome face à la mer et inventé le terme (a-tomos pour indivisible) en visualisant qu’un corps ne pouvait être divisé à l’infini. Ou sinon l’Univers et un simple grain de sable contiendraient également une infinité de mondes… Cette idée de granularité est née il y a 2500 ans environ par une expérience de pensée, par une inspiration face à la mer, le sable et le Cosmos.

Faisons une parenthèse, une halte. Tout cela renvoie à la Gnose, à la Connaissance qui est au-delà du perceptible, du Savoir, et qu’on peut trouver en soi. Il n’y a pas de tabula rasa. La Connaissance qui permet de s’ancrer et de s’élever est à portée. Pour Platon, la Connaissance ne peut être qu’immuable, et l’âme a cette Connaissance absolue, cette sagesse. Fin de la parenthèse. Reprenons.

Vive la puissance de l’imagination active !

Pour penser l’imperceptible, pour chercher ce que j’ignore, il vaut mieux, comme nous l’avons vu, laisser de côté déterminisme et causalités. Ce que nous invite à faire la physique quantique. Le raisonnement par analogie, le symbolisme, l’association d’idées, le laisser-aller, le laisser (re)venir à soi permet d’avancer plus sûrement que la déduction dans le processus d’acquisition d’information. Vive la puissance de l’imagination active en tant que méthode ! « Je ne crois que ce que je vois » n’est clairement pas le chemin de la Connaissance.

double

Notre connaissance de l’Univers est très parcellaire. Mais elle est suffisante pour deviner que l’être humain n’y est pas central. Pas même au niveau de la Voie Lactée… Alors pourquoi partir du principe prétentieux que nos sens  le toucher, la vue, l’odorat, le goût, l’ouïe – seraient capables de nous dire tout ce qu’il se passe à l’extérieur ? Notre peau, nos yeux, notre nez, notre langue, nos oreilles sont des instruments fantastiques, mais ils sont très limités. Ils sont adaptés à notre environnement, à notre contexte, à notre condition d’humain, pour donner une représentation de l’extérieur à portée, pas pour nous donner accès au réel. Soyons raisonnables et adultes. Comment un impermanent global composé d’un nombre inquantifiable de facteurs sur onze dimensions (avec autant d’incertitudes) pourrait être capté par nos sens humains et expliqué par nos logiques conditionnées ?

Nous sommes juste adaptés à notre milieu, notre environnement, pour interagir avec la matière ordinaire composée d’atomes. Il y a de la matière sur notre peau, et pourtant nous ne pouvons pas la sentir… Existe-t-elle ? Oui. Mais « le monde s’oppose à ce qu’il nous montre spontanément »Tel le 0 qui est perçu pour du vide, du rien, alors qu’il est l’infinité des possibles.

Alors continuons d’avancer en mêlant – en toute humilité – savoirs supposés et surtout expériences de pensée, symbolisme et imagination agente. Le tout en misant sur notre patrimoine commun avec l’Univers, « notre » plan neutre, puisque nous sommes partie de l’objet. Une chance que cette source primitive et primordiale. Une opportunité. Une porte, juste là, vers l’envers du décor et l’endroit des choses. A ce niveau là, nos sens sont des outils pour imaginer, se connectervoir. Et c’est par l’imagination que certaines portes s’ouvrent, comme nous l’avons vu. La Conscience a besoin de la vie pour évoluer.

Puisque la force de l’imagination fait sortir les semences de la Connaissance, puisqu’il est temps de tout reconsidérer et d’être « en contradiction » avec les habitudes trompeuses, les schémas et les croyances limitantes, penchons-nous « maintenant » sur une donnée de la vie humaine : le temps.